Musicien, Nikolaus Harnoncourt ne fut pas moins auteur. Du manifeste prononcé sur le berceau du Concentus Musicus en 1954, L'Interprétation de la musique historique , au recueil de 2014, La Parole musicale , le chercheur, penseur, moraliste, praticien n'a jamais cessé d'écrire. Le Discours musical , recueil paru en 1982 et traduit en 1984, aura changé la face du monde baroque. « Si nous pratiquons aujourd'hui la musique historique, nous ne pouvons plus le faire comme nos prédécesseurs des grandes époques. Nous avons perdu cette spontanéité qui nous aurait permis de tout ramener à l'époque actuelle ; la volonté du compositeur est pour nous l'autorité suprême » (1954). Non seulement la volonté mais la réalité, texte et contexte unis dans un seul geste. Trois générations d'interprètes mais aussi de public ont aiguisé leur conscience et leur goût à ces principes, non parce qu'ils étaient nouveaux mais parce qu'ils étaient éloquents, avérés par le concert et le disque. Après Le Discours musical parut en complément Le Dialogue musical , plaidoyer pour le son de Monteverdi, Bach et Mozart. Puis presque chaque saison un article provocant. Ici même nous en traduisions un, jusqu'alors inédit, paru dans un livre plus récent, Le Pouvoir de la musique ( no 575 , décembre 2009). Quant aux portraits, s'ils ont abondé en kiosque et en librairie, surtout après 2016, nous non plus n'en avons pas été avares - en 2006 (no 535 ) et 2016 (no 645) notamment. Aux écrits et portraits officiels nous avons donc préféré, pour célébrer cette illustre mémoire, des archives moins accessibles quoique plus immédiates. Depuis novembre 1985, qui voyait Nikolaus Harnoncourt peint à la une (no 310), Diapason est allé maintes fois consulter le mage, à Vienne, Salzbourg, Zurich, voire, peu avant son départ, chez lui à Sankt Georgen. Chacune de ces rencontres donnait lieu à des publications uniques en leur genre, denses comme des traités d'esthétique, fraîches comme des torrents montagnards. Les lignes qui suivent proviennent toutes de ces entretiens. La plupart sont reproduites texto. Dans certains cas, nous avons toutefois profité de l'hommage pour revoir certains détails de traduction (nos entretiens ont tous eu lieu en anglais), ou pour revenir au texte enregistré - nécessairement réduit lors de la première publication. Ces réflexions couvrent un quart de siècle. A une exception près, nous avons choisi de ne pas en préciser la date car, même s'il affirmait son droit à la contradiction, l'homme ne s'est jamais renié. Certaines idées, jusqu'à leur formulation, sont identiques en 1954 et en 2013. Il n'est pas sûr qu'elles le seraient en 2026. Dix ans après sa mort, notre monde a changé. Raison de plus pour rendre la parole au musicien qui, dans la fièvre avant-gardiste de l'après-guerre, l'aura le
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