hors-séries - Le numéro 21 du 25 juin 2026

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La Une de hors-séries n°21 du 25/06/2026

Au sommaire de ce numéro

hors-séries 21 HANS DELBRÜCK, ATTRITION CONTRE ANÉANTISSEMENT

HANS DELBRÜCK, ATTRITION CONTRE ANÉANTISSEMENT

C'est l'histoire d'une dispute historique, a priori obscure, qui enfle, devient controverse stratégique et finit par ébranler tous ceux qui pensent la guerre depuis les cimes de l'armée impériale allemande jusqu'aux colonnes spécialisées des journaux. Tout commence à Berlin en 1879, avec la parution d'un article universitaire, en apparence une modeste recension de l'édition du testament militaire de Frédéric le Grand. Le papier est signé par un certain Hans Delbrück, un historien de 31 ans, quasi inconnu. C'est alors le début des Gründungsjahre, les années de fondation de l'Empire allemand proclamé en 1871 sur le corps de la France, un âge d'or où fleurissent l'économie, les arts et les sciences, y compris humaines et notamment l'histoire. Issu d'un milieu bourgeois par son père, de petite aristocratie militaire et terrienne du côté de sa mère, Delbrück s'est porté volontaire pour la guerre contre la France en 1870. Il gagne ses galons de lieutenant d'infanterie de réserve à la bataille de Gravelotte et devant Metz. Atteint du typhus, il finit la guerre à l'hôpital. Chose assez rare en son temps, il renonce à suivre le parcours socialement très valorisé des officiers de réserve pour se consacrer aux études d'histoire. Avant de soutenir sa dissertation doctorale en 1873, grâce aux relations d'un de ses grands-oncles, il est un temps précepteur du Kronprinz (prince héritier) Gustave de Suède, puis de l'un des petits-fils du Kaiser Guillaume, le prince Walde-mar. L'entregent de ses employeurs lui permet d'obtenir un poste de lecteur à l'université de Berlin. À peine en place, Delbrück parvient en quelques mois à s'attirer les foudres de sa faculté d'histoire politique, offusquée que le jeune enseignant s'obstine à traiter d'histoire militaire. C'est là l'affaire de l'état-major, pas des universitaires qui, à vrai dire, méprisent

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hors-séries 21 NAPOLÉON, PENSEUR MILITAIRE ?

NAPOLÉON, PENSEUR MILITAIRE ?

Item sans titre Dans un dossier sur les penseurs militaires, on peut s'interroger sur la présence de Napoléon, considéré avant tout comme un « philosophe de l'action ». Ainsi que le soulignent Benoît Durieux et Olivier Wieviorka dans l'avant-propos du passionnant ouvrage qu'ils ont codirigé, Les Maîtres de la stratégie, de Sun Zi à Warden (voir la bibliographie p. 130), « rares sont les grands généraux à avoir théorisé leur pratique ». Le stratège investi dans l'action militaire n'est pas souvent un stratégiste, dont la vocation est de théoriser une pratique afin de produire un savoir militaire. Contrairement à Frédéric II, Napoléon n'a pas rédigé d'instructions sur la conduite de la guerre pour ses généraux. Pour autant, il serait faux d'affirmer que l'empereur n'a laissé aucune production littéraire sur les campagnes qu'il a menées et dont il a révolutionné les règles. Son immense correspondance comprend principalement des textes à vocation pratique, mais elle contient aussi des réflexions théoriques. Au début de sa carrière, alors qu'il est rattaché au ministère de la Guerre, le général Bonaparte multiplie les mémoires sur la conduite que devrait adopter l'armée d'Italie pour sortir de son impasse stratégique. Devenu empereur, Napoléon n'hésite pas à expliquer ses principes d'action militaire quand il rédige, notamment pour ses frères ou son beau-fils Eugène de Beauharnais, des missives militaires pédagogiques. Enfin, lors de son exil à Sainte-Hélène, s'étant donné pour objectif de retracer et d'expliquer ses actions militaires, il dicte ou expose à ses interlocuteurs ses réflexions théoriques sur la guerre. Une autre difficulté, quand on recherche le penseur militaire derrière l'homme d'action, tient à la position ambivalente de Napoléon à l'égard des théoriciens de la guerre. Revendiquant un pragmatisme affirmé, le «

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hors-séries 21 VÉGÈCE : SON MANUEL DE TACTIQUE A SERVI PLUS D'UN MILLÉNAIRE

VÉGÈCE : SON MANUEL DE TACTIQUE A SERVI PLUS D'UN MILLÉNAIRE

Guerres & Histoire : Qui était Végèce ? Thierry Widemann : On a peu de détails sur lui [voir biographie p. 130, ndlr], mais il était probablement un fonctionnaire impérial de très haut rang. Ce statut professionnel est important, car on peut deviner que sa fonction consistait à rédiger des dossiers et des synthèses. Son traité d'art militaire est explicitement dédié à un empereur. S'agit-il de Valentinien II (371-392) ? Théodose Ier (379-395) ? Valentinien III (425-455) ? Ou un autre ? On l'ignore. Végèce rédigeait dans un très bon latin, mais connaissait tout de même l'argot militaire ! On est à peu près certain qu'il travaillait dans le domaine des finances, à un niveau un peu inférieur à celui d'un ministre, car c'est une question à laquelle il se montre très sensible dans ses écrits - mais il est vrai que l'armée était le premier poste budgétaire de l'Empire romain… Item sans titre Ses écrits sont-ils exclusivement de nature militaire ? Non : Végèce a aussi rédigé un ouvrage de médecine vétérinaire, dans lequel, il est vrai, on parle beaucoup de chevaux… Mais son grand œuvre reste Epitoma rei militaris, Traité de la chose militaire, plus connu sous le titre abrégé De re militari, De la chose militaire. Il s'agit en réalité d'une compilation. Végèce, en effet, a énormément lu - vraisemblablement tous les auteurs grecs et latins, dont il résume le savoir militaire. Il possède les compétences qu'on reconnaîtrait aujourd'hui à un énarque : faire de bonnes notes de synthèse, bien présenter, bien penser, bien

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hors-séries 21 GUIBERT, LE STRATÈGE DES LUMIÈRES

GUIBERT, LE STRATÈGE DES LUMIÈRES

Guerres & Histoire : « Guibert, connais pas ! » serait-on tenté de dire en préambule. Avouez que ce penseur est inconnu de l'immense majorité. Thierry Widemann : Oui, comme tous les penseurs militaires français du XVIII siècle. Et pourtant cette période est la plus riche de l'histoire des idées militaires en France. Que sait-on de l'homme ? Jacques-Antoine-Hippolyte, comte de Guibert, naît à Montauban en 1743. Son père est militaire et membre de l'état-major du maréchal de Broglie. Le fils rentre très tôt dans le métier des armes et suit son père sur les champs de bataille. Il est présent à Rossbach et participe à plusieurs campagnes de la guerre de Sept Ans [voir l'encadré p. 48, ndlr]. On le voit ensuite commander en Corse, en 1768-1769. Il sort de la conquête de l'île avec le grade de colonel et la croix de Saint-Louis. Sa carrière au feu a été brillante. Mais son expérience sur le terrain s'arrête là… Oui, ensuite il poursuit sa carrière militaire à Paris, « dans les bureaux ». Il devient le conseiller du comte de Saint-Germain, dont il va soutenir les réformes. Il finit maréchal de camp, ce qui était alors le premier grade des officiers généraux. Et à la Révolution ? Guibert tente une carrière politique et se présente à la députation pour la noblesse aux états généraux. C'est un échec. Il n'est en effet guère aimé par ses pairs… Il meurt l'année suivante, en 1790, à 47 ans, avec l'amertume d'avoir été rejeté. A-t-il beaucoup écrit ? Il nous

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hors-séries 21 JOMINI, LE TAILLEUR DU PRÊT-À-PENSER MILITAIRE

JOMINI, LE TAILLEUR DU PRÊT-À-PENSER MILITAIRE

Guerres & Histoire : Qui est Jomini ? Bruno Colson : Un Suisse francophone, né en 1779 dans le canton de Vaud, dans un milieu aisé, et qui reçoit une bonne éducation. Il travaille d'abord dans le commerce, où il gagne pas mal d'argent, mais il a toujours éprouvé une attirance pour le métier militaire. C'est un esprit vif et qui lit beaucoup. Il dévore d'ailleurs très tôt les récits des campagnes du roi de Prusse Frédéric II. La Révolution se déroule donc durant son adolescence et sa jeunesse. Oui, et avec elle l'occupation de la Suisse, puis la création d'une république sœur de la France, la République helvétique. Jomini finit par entrer au ministère de la Guerre de ce nouvel État. Il est à l'époque un chaud partisan de la France, et même d'un rattachement de la Suisse à celle-ci ! C'est alors qu'il devient officier, grâce à ses relations et à ses connaissances théoriques, qui sont déjà impressionnantes. Il entre en contact avec le maréchal Ney et devient son aide de camp en 1805, au camp de Boulogne. Ney, qui n'a pas une grande éducation, est ravi de l'avoir à ses côtés. Jomini l'aide à organiser des manœuvres et des expérimentations tactiques. Participe-t-il à la campagne de 1805 ? Tout à fait. Et il rencontre même Napoléon quelques jours avant la bataille d'Elchingen, qui va mener à l'encerclement d'Ulm. Il y a là un premier épisode à signaler, car il aurait joué un rôle important dans les opérations de la Grande Armée. Bref,

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hors-séries 21 MAURICE DE SAXE, LE MARÉCHAL ALLEMAND DE LOUIS XV

MAURICE DE SAXE, LE MARÉCHAL ALLEMAND DE LOUIS XV

Guerres & Histoire : D'où Maurice de Saxe vient-il ? Thierry Widemann : C'est un fils illégitime de l'électeur de Saxe [voir encadré p. 44, ndlr]. Il a très tôt le goût des armes et se retrouve dès ses 12 ans sur les champs de bataille, où son courage est remarqué. Il assiste à la bataille de Malplaquet, en 1709, pendant la guerre de Succession d'Espagne. Il fréquente alors le prince Eugène de Savoie, qui commande en chef les armées impériales contre les Français. En 1711, à 15 ans, son père, qui l'a reconnu, le fait colonel d'un régiment. Puis il passe en 1712 au service des Russes contre les Suédois… Une expérience qui va le marquer. Quelle culture militaire acquiert-il au cours de ces années de jeunesse ? Il n'a aucune formation théorique et, même au faîte de sa gloire, n'a guère de goût pour les livres. Il a certes lu les classiques d'histoire romaine que sont Polybe et Végèce, ainsi que quelques autres théoriciens antiques, mais comme tous les officiers supérieurs de son temps. Sa seule vraie référence théorique est le chevalier de Folard [voir zoom p. 39, ndlr] , qui sera son ami, mais dont on n'est pas certain qu'il ait lu toutes les œuvres. On sait en revanche qu'ils ont longuement échangé, en direct ou par courrier. Et c'est Folard qui aura le plus d'influence sur lui. C'est tout… S'il ne méprise pas la culture et les lettres, Maurice de Saxe n'est pour autant pas

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