hors-séries - Le numéro 21 du 25 juin 2026

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La Une de hors-séries n°21 du 25/06/2026

Au sommaire de ce numéro

hors-séries 21 MONTECUCCOLI, LA CULTURE ET L'EXPÉRIENCE

MONTECUCCOLI, LA CULTURE ET L'EXPÉRIENCE

Moins connu que d'autres, Raimondo Montecuccoli n'en reste pas moins l'un des généraux européens les plus marquants du XVIIe siècle. Son expérience sur divers théâtres militaires, sa formation à bonne école, sous les ordres des capitaines les plus réputés de son temps, lui ont permis de s'élever aux plus hautes responsabilités face à des ennemis coriaces, mais non moins respectés. Alors que Turenne, son adversaire le plus célèbre, n'a laissé aucun ouvrage militaire, Montecuccoli a donné de nombreux écrits théoriques, rédigés au fil de sa carrière. Un seul a été publié dans les décennies qui ont suivi sa disparition. Improprement intitulé Mémoires, il n'est pas un récit biographique, mais un véritable traité militaire, sans doute composé après la campagne de 1664 contre les Turcs en Hongrie, à l'intention de l'empereur et, par extension, des officiers généraux. Divisé en trois parties (« Des principes de l'art militaire en général », « De la guerre contre le Turc en Hongrie », « Réflexion sur ce qui s'est fait dans les dernières guerres de Hongrie, depuis 1661 jusqu'en 1664 »), il atteste d'une longue carrière, menée en gravissant tous les échelons, de la pique au bâton de commandement. Alors que Turenne n'a laissé aucun ouvrage militaire, Montecuccoli a donné de nombreux écrits théoriques. Pour saisir l'apport de Montecuccoli, se contenter de lire les Principes sur l'art militaire peut être frustrant. Il faut d'abord comprendre l'incroyable richesse de son expérience

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hors-séries 21 LA PENSÉE STRATÉGIQUE BYZANTINE

LA PENSÉE STRATÉGIQUE BYZANTINE

L'Empire d'Orient est devenu « byzantin » a posteriori. Il est né de la division de l'Empire romain en deux branches, occidentale et orientale, au IVe siècle apr. J.-C., et a duré jusqu'à la chute de Constantinople dans les mains des Ottomans, en 1453. Durant ces mille ans d'existence, les Byzantins se sont pensés comme des Romains. De ce fait, Byzance ne s'est pas contentée de traverser le Moyen Âge à la jonction de l'Europe chrétienne et de l'Orient musulman, dont elle a eu à affronter des puissances issues de l'une et de l'autre. En matière d'art de la guerre, elle a aussi joué le rôle de pont entre la pensée militaire de la Rome antique et celle de l'Europe moderne. Il n'existe pourtant pas de grand penseur byzantin de la guerre, dont les écrits auraient transformé la manière d'envisager la stratégie ou le combat. Les traités d'art militaire qui nous sont parvenus sont nombreux. Plusieurs ont eu une longue postérité, en particulier le Strate-gikon (voir encadré) attribué à l'empereur Maurice (reg. 582-602), la Taktika qu'on pense devoir à un autre empereur, Léon VI le Sage (reg. 886-912) et une autre Tactique rédigée par un général du XIe siècle, Nicéphore Ouranos. Aucun, y compris de ces trois-là, ne marque cependant de vraie rupture dans la manière de penser la guerre. La proximité de contenu entre ces textes, séparés parfois de plusieurs siècles, pousse même

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hors-séries 21 BEAUFRE, LE STRATÉGISTE INTÉGRATIONNISTE

BEAUFRE, LE STRATÉGISTE INTÉGRATIONNISTE

Guerres & Histoire : Comment avez-vous rencontré la pensée du général Beaufre ? Hervé Pierre : C'est plutôt anecdotique, mais je l'ai découvert comme lieutenant, à Vannes, au 3e RIMa. Un vendredi, l'un de mes chefs m'a demandé de ficher un livre de stratégie pour le lundi suivant. À la librairie, entre les pavés - à l'instar de Clausewitz en édition intégrale -, j'ai choisi… le livre le plus petit, par souci d'utilité. C'était Introduction à la stratégie, du général André Beaufre. Or, j'ai été conquis par le livre et à la fois je suis resté très interrogatif. C'était trop et pas assez. C'est un livre lumineux, classé parmi les plus grands livres de stratégie dans le monde entier, traduit dans une vingtaine de langues et qui est devenu le bréviaire de tous les apprentis stratèges, y compris en Chine. Beaufre est vraiment très connu, mais paradoxalement, il est connu pour ce seul livre. Or, il s'agit d'une simple introduction, comme le titre l'indique. Le livre est très court et pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. Il m'a accompagné lors de tous mes déploiements opérationnels, quelles que soient les circonstances. Je l'ai constamment lu et relu, l'ayant toujours en tête. En rentrant d'Afghanistan, par exemple, j'ai écrit un article faisant référence à la muleta rouge des toréadors, une image assez saisissante que prend Beaufre sur la stratégie indirecte. Quand avez-vous

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hors-séries 21 L'AMIRAL AUBE ET LA JEUNE ÉCOLE : LA TORPILLE À TOUTES FAIMS UTILES

L'AMIRAL AUBE ET LA JEUNE ÉCOLE : LA TORPILLE À TOUTES FAIMS UTILES

Guerres & Histoire : Qu'appelle-t-on la Jeune École ? Martin Motte : C'est un groupe d'officiers de marine et de civils français qui, des années 1880 jusqu'au début du XXe siècle, critique le modèle stratégique dominant des marines. Celui-ci repose sur le combat entre flottes de cuirassés et le concept de bataille décisive, alors hégémonique, en particulier depuis la victoire britannique à Trafalgar, en 1805. La Jeune École considère que ce modèle n'est pas pertinent pour la France, qui ne peut pas construire autant de cuirassés que le Royaume-Uni, adversaire désigné de l'époque. Il faut donc miser sur la production en masse, à moindres frais, de petits bâtiments de type torpilleur. L'objectif est d'obtenir un effet de saturation sur les cuirassés qui feraient le blocus du littoral français - rappelons que c'est là la stratégie préférée des Britanniques depuis le XVIIIe siècle. Ces Français pensent que la létalité de ces petits bâtiments a été démultipliée par le progrès technique, notamment par l'invention de la torpille automobile en 1866. Qui sont ces marins ? Leur leader est l'amiral Hyacinthe Aube, un Toulonnais né en 1826 et mort en 1890, issu d'un milieu modeste, ce qui est alors rare dans la Marine. Il est républicain, bénéficie de relations politiques. Il pense en outre que la Marine est sclérosée : il y a trop peu de postes intéressants à pourvoir faute de

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hors-séries 21 À LA RECHERCHE DU MAHAN DE L'ESPACE

À LA RECHERCHE DU MAHAN DE L'ESPACE

Où se trouve la théorie de la puissance spatiale ? Où se trouve le Mahan de la nouvelle frontière ? demande Colin S. Gray en 1996, alors qu'il dirige le prestigieux Centre for Strategic Studies de l'université de Reading. Ces questions partent d'un constat : la pauvreté des travaux stratégiques sur l'espace extra-atmosphérique, qui contraste avec les projections de puissance, les enjeux et les formes de conflictualité de ce domaine nouveau. Elles décrivent aussi une nécessité, celle de créer un cadre conceptuel qui permette à la fois de comprendre la grammaire particulière et peu familière des opérations spatiales et de guider de manière pratique l'action stratégique des États. Les questions posées par Gray doivent enfin être comprises comme un appel à l'élaboration d'une théorie pour la puissance spatiale (Space Power) qui viserait une ambition équivalente à ce qu'Alfred Thayer Mahan (lire l'article p. 112) a réalisé pour la puissance maritime. Le stratégiste américain Everett C. Dolman est un des premiers à relever le défi avec un ouvrage remarqué paru en 2002, Astropolitik. La réponse ne semble pas définitive. Le compte n'y est pas, de l'aveu de Gray lui-même, quelques années avant sa disparition. En dépit de son caractère provocateur, il s'agit néanmoins d'une des premières tentatives cohérentes d'élaboration d'une pensée théorique globale dédiée à l'espace. « Le destin de l'humanité entre les mains » L'essentiel de la réflexion

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hors-séries 21 DOUHET, LE PROPHÈTE DU BLITZ

DOUHET, LE PROPHÈTE DU BLITZ

Item sans titre Guerres & Histoire : D'où vient Giulio Douhet ? Claude d'Abzac-Epezy : Il est né le 30 mai 1869 à Caserte, en Campanie, dans une famille de la petite bourgeoisie aisée. Son père, d'origine française, est devenu italien en 1860. Il s'est engagé dans les guerres d'indépendance italiennes comme pharmacien militaire. Aussi le jeune Giulio reprend à son tour la carrière des armes : il entre au collège militaire de Florence en 1882, devient sous-lieutenant d'artillerie en 1888, à 19 ans. Il complète sa formation militaire par des études d'ingénierie électrique. Il commande très peu. On le trouve en garnison à La Spezia, en 1902. C'est là qu'il commence à écrire, en particulier sur la mécanisation des armées. Il parie alors sur la propulsion électrique, ce en quoi il n'est pas très bon prophète… ou alors très en avance sur son temps ! Douhet, par la suite, écrit beaucoup et sur tout : terre, air, mer… Ses travaux, typiques de l'officier de garnison qui s'ennuie, sont peu originaux. Ils sont surtout destinés à attirer l'attention de la hiérarchie, sans grand succès car sa carrière avance lentement. Un point intéressant tout de même, assez peu relevé : Douhet milite pour un état-major général centralisé et interarmes pour mieux coordonner la défense. Pas mal vu. Quand commence-t-il à s'intéresser à l'aviation

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