Karine se glissa doucement hors de son lit. Toutes les filles dormaient. Il était minuit. C'était le moment qu'elle attendait tant pour lever le camp. Elle avait égrené les heures, à l'écoute de chaque respiration, chaque soupir, jusqu'à être sûre que tout le dortoir avait bien sombré dans les bras de Morphée. La surveillante allait hurler le réveil à 6 heures, elle pouvait prendre son temps, elle en avait devant elle. Les gémissements de Céline lui firent hocher tristement la tête. Cette camarade faisait régulièrement des cauchemars en dormant. Elle n'avait rien à craindre d'elle. Si jamais elle se réveillait, elle lui expliquerait… elle comprendrait… elle se tairait. Une copine gentille, sa seule amie, qu'elle allait abandonner, et ça la peinait. Mais elle n'avait pas pu lui proposer de partir avec elle, la sachant trop peureuse. Elle aussi l'était mais, au contraire de son amie, ne craignait pas les surveillantes. Sa peur venait plutôt de ses compagnes du pensionnat. Notamment deux, Élodie et Martine, qui la harcelaient continuellement. Elle avait une déformation de la jambe droite, due à une chute de balançoire étant enfant, et boitait. C'était un constant sujet de moquerie de la part des autres, mais surtout de ces deux filles, plus fortes physiquement que toutes les pensionnaires, et qui en profitaient pour faire la loi. On ne devait pas seulement obéir aux surveillantes, mais en passer par où ces deux persécutrices voulaient : on faisait leurs lits, on lavait leur petit linge, on leur donnait les meilleurs morceaux à la cantine… Quelques jours plus tôt, Karine s'était rebellée et les avait menacées de les dénoncer à la directrice. Que n'avait-elle pas dit là ! Le lendemain matin, Martine, la plus costaude des deux, l'avait plaquée contre le mur du couloir de la classe juste avant leur entrée. Elle lui avait alors annoncé qu'en représailles, elle allait la tuer dans son sommeil. Sa copine Élodie s'était approchée d'elles et, ricanant, avait précisé qu'elle la réveillerait d'abord et lui collerait un scotch sur la bouche avant que Martine ne l'étouffe avec son oreiller. Elle
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